mardi 9 février 2016

Pourquoi doublons-nous le mois de `adhor ?

ב״ה

Pourquoi doublons-nous le mois de `adhor ?


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Nous sommes entrés dans le mois de `adhor Ri`shôn (Premier `adhor). Le mois suivant sera celui de `adhor Shéni (Deuxième `adhor). La question naturelle qui se pose est : pourquoi avons-nous cette année deux mois de `adhor alors que nous n'en avions qu'un seul l'an dernier ?

Le calendrier israélite est à la fois lunaire et solaire. Cela signifie qu'il est aligné à la fois sur la lune et le soleil. Plus précisément, nos mois sont alignés sur la lune ; chaque Rô`sh Hôdhash (nouveau mois) tombe le jour de la nouvelle lune. Un mois lunaire dure 29 jours, 12 heures et 44 minutes. Quant à l'année solaire, elle dure 365 jours, 5 heures, 48 minutes, et 45,51 secondes. Nous avons donc une dizaine de jours de mois dans une année lunaire par rapport à une année solaire. Si nous restions sur un calendrier strictement lunaire, nos fêtes pourraient tomber pratiquement à n'importe quelle saison, puisqu'elles seraient décalées chaque année, comme c'est le cas avec le calendrier islamique. Mais la Tôroh exige que nous prenions également en compte les saisons de l'année afin de célébrer nos fêtes durant des saisons précises et non aléatoires. C'est ainsi que concernant la fête de Pésah, il est écrit1 :

Et la fête des Massôth tu garderas ! Sept jours tu mangeras des Massôth comme Je te l'ai ordonné, au temps du mois de `oviv, car c'est là que tu es sorti d’Égypte. Et vous ne paraîtrez point devant Moi les mains vides.
אֶת-חַג הַמַּצּוֹת, תִּשְׁמֹר--שִׁבְעַת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת כַּאֲשֶׁר צִוִּיתִךָ לְמוֹעֵד חֹדֶשׁ הָאָבִיב, כִּי-בוֹ יָצָאתָ מִמִּצְרָיִם; וְלֹא-יֵרָאוּ פָנַי, רֵיקָם

Le terme אָבִיב « `oviv » est le nom d'origine du mois de Nison et signifie « Printemps ». La Tôroh ordonne ainsi que la fête de Pésah soit uniquement célébrée au printemps, et en aucune autre saison.

Pour maintenir les fêtes dans leurs saisons spécifiques (Hanoukkoh en hiver, Pésah au printemps, Rô`sh Hashonoh, Yôm Hakkippourim et Soukkôth en automne, etc.), le calendrier israélite doit périodiquement s'ajuster. Une des façons d'y parvenir consiste à ajouter un mois supplémentaire de `adhor chaque fois que Pésah s'éloigne un peu trop loin du printemps. Dans les temps anciens, cela se faisait par des observations et ajustements annuels annoncés par le Sanhédhrin dans le Béth Hammiqdosh.

Les Babyloniens utilisaient un système de calendrier de 235 mois lunaires dans une période de 19 ans. Ils distribuaient l'ajout d'un mois supplémentaire d'une manière similaire à ce que nous faisons. La connaissance de ce calendrier précédait apparemment de plusieurs années les découvertes de Méton. L'astronome Grec antique Méton (aux environs du 5ème siècle avant l'E.C.) observa que 235 périodes de lunaison équivalaient pratiquement à 19 années solaires. Il suggéra par conséquent une méthode d'éparpillement cyclique de sept mois lunaires supplémentaires dans chaque période de 19 années lunaires. Personne ne sait s'il a emprunté cette idée aux Babyloniens antiques ou s'il en est arrivé là par lui-même. Et on ne sait pas non plus comment Méton répandait à l'intérieur de cette période de temps synchronisée les mois lunaires supplémentaires.

Quant à nos Rabbins de mémoire bénie, à partir du 4ème siècle de l'E.C., ils employèrent un cycle de 19 ans composé de 12 ans de 12 mois lunaires chacun et 7 ans de 13 mois lunaires chacun, pour un total de 235 mois lunaires. Le nom hébraïque de ce cycle est מַחְזוֹר קָטָן « Mahzôr Qoton ». Après que le début du cycle de 19 ans fut déterminé, les années 3, 6, 8, 11, 14, 17 et 19 du cycle de 19 ans furent déclarées être des années embolismiques de 13 mois chacune. Une certaine année hébraïque est embolismique chaque fois que lorsqu'on la divise par 19 le reste que l'on obtient est soit 0, 3, 6, 8, 11, 14 ou 17. (Dans l'arithmétique pré-zéro, le nombre 19 correspondait au reste zéro.) Notre année 5776 est embolismique, car lorsqu'on divise 5776 par 19, nous obtenons un reste de 0 (5776 est parfaitement divisible par 19). C'est ainsi que nous pouvons savoir à l'avance les années durant lesquelles nous devrons ajouter un treizième mois (`adhor Ri`shôn) dans notre calendrier, et empêcher ainsi les fêtes de tomber n'importe quand, à n'importe quelle saison.

Mais pourquoi est-ce le mois de `adhor qui est doublé ? Pourquoi pas le mois de Shavot ou encore celui de `ov ? Tout simplement parce que `adhor est le dernier mois de l'année d'après le calendrier du calcul des saisons et des fêtes, qui commence avec le mois de Nison (Tishri est le premier mois de l'année d'après le calendrier du calcul des années et des dîmes. N'oubliez pas que nous avons plusieurs nouveaux ans. Voir l'article intitulé « Exposer les fausses notions : La fête de Tou Bishavot »). Il convenait donc que ce soit le dernier mois qui soit doublé, et pas un autre.


1Shamôth 23:15 ; cela est répété quasiment mot pour mot dans Shamôth 34:18
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